"Abdoulaye Wade ne sait pas gérer un État"

, par  Alternatives Economiques

A l’approche de l’élection présidentielle de 2012, à laquelle le doyen des chefs d’Etats africains (84 ans) souhaite se représenter, Etienne Smith, docteur en Sciences politiques à l’IEP de Paris et chercheur à l’université américaine de Columbia, décrypte le régime politique sénégalais. Il décrit la désillusion générale à propos du président Wade qui avait su, lors de son élection en 2000, incarner le changement (sopi) pour mettre fin au règne de l’ex-parti unique du Parti socialiste (PS) de Léopold Sedar Senghor et Abdou Diouf, avant de multiplier les scandales de corruption, clientélisme et népotisme au sommet de l’État. Une dérive incarnée par son impopulaire fils Karim Wade, dont il rêve de faire son successeur.

Entretien avec Etienne Smith

Dans chaque pays, la tenue d’un forum social mondial (FSM) est à chaque fois la rencontre entre un contexte politique national et la grande caravane internationale des mouvements sociaux. Certains dirigeants cherchent à s’en servir pour leur promotion, comme Hugo Chavez à Caracas en 2006, tandis que d’autres tentent de s’en prémunir. Le président sénégalais Abdoulaye Wade, de son côté, reste discret.

L’accueil qu’il a réservé au FSM n’a pas été des plus chaleureux. Une semaine avant le début des débats, un nouveau recteur, réputé proche de Wade, a été nommé à la tête de l’Université Cheikh Anta Diop, où se tient le forum. Il a aussitôt remis en cause les accords conclus avec les organisateurs, qui ont vu les salles de conférences promises être attribuées à la tenue d’examens, si bien que des tentes de fortune ont dû être montées en dernière minute pour accueillir tant bien que mal les débats, dont certains ont dû être annulés.

Disparu de la scène publique depuis une dizaine de jours avant l’ouverture du forum, le président sénégalais a participé, lundi 7 février 2011, en marge du FSM, à une réception en présence de l’ex-président brésilien Lula. On a surtout retenu de son intervention la rivalité affichée avec Lula, et la tentative pour le président sénégalais élu en 2000 et réélu en 2007, de vanter lui aussi son bilan, à un moment où celui-ci suscite pourtant une opposition très large au sein de la population et de la société civile sénégalaises.

A l’approche de l’élection présidentielle de 2012, à laquelle le doyen des chefs d’Etats africains (84 ans) souhaite se représenter, Etienne Smith, docteur en Sciences politiques à l’IEP de Paris et chercheur à l’université américaine de Columbia, décrypte le régime politique sénégalais. Il décrit la désillusion générale à propos du président Wade qui avait su, lors de son élection en 2000, incarner le changement (sopi) pour mettre fin au règne de l’ex-parti unique du Parti socialiste (PS) de Léopold Sedar Senghor et Abdou Diouf, avant de multiplier les scandales de corruption, clientélisme et népotisme au sommet de l’État. Une dérive incarnée par son impopulaire fils Karim Wade, dont il rêve de faire son successeur.

Le FSM arrive-t-il dans un contexte de mobilisations sociales au Sénégal ?

A l’évidence, Abdoulaye Wade est à la tête d’un régime à bout de souffle, qui nourrit une large contestation. Par exemple, l’opposition semble n’avoir jamais été aussi forte, en particulier depuis les élections municipales de 2009, où elle a gagné dans quasiment toutes les grandes villes du pays. Mais, en l’absence de programme alternatif, la vie politique actuelle manque de lisibilité. Les assises nationales, organisées par l’opposition depuis plusieurs mois, ont accouché d’une souris, car leurs propositions n’ont trouvé aucun écho dans l’opinion. L’opposition, composée d’intellectuels sans relais d’opinion, reste très élitiste.

En parallèle, il existe pourtant des mouvements sociaux très critiques envers le pouvoir, qui protestent contre le prix de l’essence, du riz, de l’huile et contre les délestages, ces pannes de courant qui touchent de plus en plus régulièrement des quartiers entiers pendant de longues heures. Mais ces mouvements éruptifs, portés par des jeunes de quartiers qui se révoltent ponctuellement contre une coupure de courant, sont orphelins politiquement. Seul le collectif des imams de la banlieue dakaroise de Guediawaye a réussi à s’en faire le relais, en appelant récemment à un boycott des factures d’électricité de la société nationale d’électricité, qui fournit des services dont la qualité baisse mais dont le prix augmente. Globalement, la société civile que l’on peut voir dans les allées du Forum social, composée essentiellement d’ONG, n’est pas du tout amorphe, mais elle reste coupée de la sphère politique.

Lire la suite...

Voir en ligne : "Abdoulaye Wade ne sait pas gérer un État"

Navigation

Suivez-nous

Sites favoris Tous les sites

0 sites référencés dans ce secteur