Atelier "L’Afrique, terre d’exemples pour la bonne gouvernance de l’eau"

, par  France Libertés

L’eau est la vie, dans tous les sens du terme. En effet, avant même de disposer de systèmes d’éducation ou de santé, il faut pouvoir disposer de ce bien commun vital : rien n’est possible sans lui. Or, l’eau ne sera pas infinie, nous n’en aurons pas forcément éternellement. C’est pour cela que nous devons nous appuyer sur tous les exemples de bonnes gestions qui ont déjà été mis en place. Le Forum Social Mondial de Dakar est l’occasion de faire un tour d’horizon de quelques solutions africaines.

Parce que l’eau potable est la base de la construction et de l’organisation de la cité, cette ressource est indispensable et son accès doit être garanti à tous. Or c’est malheureusement trop peu souvent le cas, que ce soit sur le continent Africain ou ailleurs dans le monde.

En Afrique, les conditions d’accès à l’eau sont nombreuses et variées du fait de la très grande diversité d’urbanisation, d’environnement et d’alphabétisation des populations. Que ce soit pour des concentrations importantes de populations ou au contraires pour de petites communautés très espacées, les solutions trouvées au niveau local pour palier les contraintes liées à l’accès à cette ressource indispensable à toute vie, sont inventives, riches et variées, autant au niveau technique que sur les principes de gestion. Ce sont souvent de très bons exemples pour définir des modes de bonnes gouvernances.

Aujourd’hui, il existe donc différents systèmes de gestion démocratique selon les pays ou les populations. Si dans certains cas les autorités locales et notamment les maires, ont choisi de s’impliquer et d’impliquer leurs populations, comme c’est le cas en Guinée où Mamadou Drame, maire de l’agglomération de Kindia (200 000 habitants) explique qu’« en 2008 l’eau est devenue la compétence des communes » et que « la commune de Kindia a mis en place un plan annuel d’assainissement dans le cadre du partenariat avec France Libertés notamment. », dans d’autres régions, il a fallu créer des structures et des conseils capable de mobiliser et de former les citoyens.

En effet, les autorités locales n’ont pas toujours les compétences et les savoirs techniques nécessaires à cette gestion. Souvent ce sont donc des associations qui, par la formation de citoyens et la mise en place de comités, peuvent permettre la conception de plans de gestion depuis l’installation des infrastructures jusqu’au plaidoyer vers les autorités.

Ainsi, en Ouganda, les femmes qui, traditionnellement, s’occupent de ramener l’eau potable nécessaire à toute la famille, se sont donc organisées en association (Katosi Women Development Fund) dont Margareth Nakato est la présidente. Elle explique que« Katosi forme des intervenantes capable de plaider et de transmettre leurs connaissances dans les comités locaux et au sein de groupes de plaidoyer dont le rôle et de remonter un maximum d’informations et de sensibiliser la population ». La démarche ainsi mise en place oblige désormais l’association à former des formatrices de formatrices, une preuve de la réussite sur le terrain de cette initiative.

En Afrique du Sud, Samson Mokoena, le coordinateur du rassemblement d’ONG Vaal Environemental Justice Alliance (VEJA) explique que « l’abondance de l’eau fait que le problème ne se pose pas en termes de difficulté d’accès mais plutôt en termes de transparence de la gouvernance » et notamment que « les citoyens réclamaient d’être présent pour défendre leur droit à l’eau dans les structures et les débats officiels afin qu’aucune décision ne soit prise sans leur accord ». C’est pour ces raisons que les associations locales se sont fédérées en une alliance afin de coordonner une veille dans les forums citoyens de gestion de la ressource afin d’être sûr que les habitants de la région ne soient pas spoliés de leurs droits.

Comme le montre ces exemples, les modes de gestion doivent s’adapter au cas par cas selon les situations géographiques et les contextes socio-culturels, toutefois rien ne peut exister sans des investissements financiers. Beaucoup d’associations ont donc décidé de mettre en place, en parallèle de ces actions de sensibilisation et de plaidoyer, des microcrédits sous forme de fonds de roulement pour que « l’eau paye l’eau » et ainsi garantir une indépendance économique pérenne.

Par exemple, tout autour du lac Nokué, les 70 000 habitants, regroupés en 42 villages, vivent dans des maisons sur pilotis dont les eaux usées sont rejetées directement dans le lac le rendant impropre à la consommation. Depuis leur création, les structures mises en place par l’église ont été mal entretenues et sont désormais devenues inutilisables. Il a donc fallu qu’Emmaüs International « ouvre un compte pour centraliser les revenus du service de l’eau qui a permis de financer la réhabilitation et l’entretien de nouvelles structures. »

Toutefois, cette tarification du service est particulièrement difficile à faire accepter dans certaines communes. En effet, comme l’explique Moussa Sarambounou, maire de la commune de Koussané au Mali, pour les populations locales : « on ne paye pas l’eau de Dieu ». Il faut donc un véritable travail de sensibilisation pour expliquer la différence entre prix de l’eau et coût du service d’accès à l’eau et de son assainissement.

Ces nombreux témoignages montrent qu’une gestion transparente, démocratique et écologique de l’eau est possible. Le FSM a donc permis de donner une voix aux pays du Sud pour nous montrer qu’il est possible de gérer autrement notre bien commun de vie. Pour prolonger ces exemples, un collectif d’ONG a lancé à Dakar un appel pour collecter toutes les initiatives qui fonctionnent dans le monde et invite l’ensemble des acteurs locaux de l’eau à témoigner pour faire entendre leur voix au Forum Alternatif Mondial de l’Eau (FAME) à Marseille en 2012 et ainsi prouver que le partenariat public-privé que le FMI et les multinationales cherchent à imposer au Sud du monde n’est pas l’unique solution. Soyons nombreux à répondre à cet appel !

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