Nature, dynamique et évolution des acteurs du FSM

, par  Association Etudes et Développement (AED)

Le FSM, considéré comme la principale rencontre mondiale des organisations de la société civile, est une bonne opportunité pour observer l’évolution du « tiers secteur » : la création des liens inter-organisationnels, la participation des acteurs du Sud et la mise en débat de l’avenir du milieu associatif.

La question de la représentativité et de la pluralité des acteurs de la société civile qui font partie de cet évènement est sujette à débat. Au cours des dernières éditions du FSM, nous étions face à une mutation progressive de ceux qui prennent la parole au sein des ateliers, conférences et assemblées. Depuis 2001 à Belém, la diffusion des principes et des objectifs du forum, ainsi que l’ouverture de voies de participation pour les organisations ayant difficilement accès à l’espace du FSM (tant géographiquement que financièrement), constituent un des plus grands enjeux. À quel point le facteur géographique (et donc distance) est-il déterminant ? Quels obstacles pour la participation des plus éloignés ? Quelle typologie des participants ? Caractériser les acteurs sociaux qui participent au FSM met en évidence les facteurs de l’accès et des moyens de circulation de chacun des secteurs de cette dynamique.

Tout d’abord, la variable géographique joue un rôle déterminant pour la configuration des rapports et débats : assemblées, caravanes, activités décentralisées, impliquent dans la plupart des cas un effort des délégations pour se déplacer. Même si cela paraît évident, la présence des citoyens des pays voisins est une des caractéristiques les plus visibles. Le fait de réaliser le FSM en territoire africain à deux reprises (Nairobi et Dakar), est la preuve d’une volonté d’extension de cet évènement à tous ceux qui sont impliqués dans la construction de l’« autre monde ». Le forum polycentrique de 2006 (Caracas, Palestine et Bamako) a permis d’étendre le spectre d’influence du Forum à des régions difficiles d’accès. À ce forum de Dakar, de même, la sur-représentation de délégations du Mali, de Guinée représente un clair exemple de cette réalité spatiale.

Cette localisation géographique implique également une orientation des thématiques centrales du forum, par exemple les indépendances africaines et l’avenir des mouvements sociaux en Afrique. Une des associations qui se retrouvent sur place, le réseau étudiant panafricain, est un clair exemple de l’utilisation du Forum comme un espace de réunion de cellules jeunes venues de tout autour de l’Afrique, avec des caravanes provenant de Burkina Faso, Mali, Guinée et Côte d’Ivoire se sont donnés rendez-vous à Dakar. En miroir, on constate cette année une sous-représentation de l’Amérique latine, à l’exception des délégations du Brésil, qui a toujours une forte présence à ces événements, et celle du Venezuela qui a été fortement appuyée par leur président. Le reste des pays participe de manière discrète aux ateliers et assemblées.

Une deuxième variable est la typologie des associations qui participent. Si le facteur géographique occupe une place significative, celle du problème des moyens de financement pour venir n’est pas moindre. Professeurs, défenseurs de causes particulières et publics inclus, montrent le potentiel élitisme financier de la participation au Forum. Cette évolution des acteurs montre un significatif tournant vers l’ingérence des grosses structures, normalement du Nord qui ont présence au Sud, et que de manière indirect financent la privation des associations locales. En reprenant l’exemple de l’Amérique Latine, les petits délégations viennent au nom des ONG internationales qui développent des programmes dans leurs pays ; ou appuyés par des gouvernements, comme dans le cas du Vénézuela.

En ce qui concerne la participation des acteurs sociaux du Sud à Dakar, nous étions face à une grande pluralité d’acteurs. Au niveau international, des grosses ONG comme Oxfam, Greenpeace et ActionAid font partie de cette édition du FSM, ainsi que des plate-formes comme Coordination Sud. Parallèlement, des structures multilatérales comme ONUFEMMES participent au FSM, notamment à travers la projection de films et l’organisation de conférences relatives à leur campagne de « lutte contre la violence faites aux femmes » en Afrique de l’Ouest. Des ONG françaises comme le CCFD, Artisans du monde, le CRID, le Secours catholique, entre autres, ont été aussi présentes.

Aux niveaux régional et local, deux acteurs sont fortement représentés : les femmes et les jeunes. Dans la place centrale, la plus grande partie des stands sont occupés par des associations de femmes de toute l’Afrique : le comité africain pour les droits des femmes et un grand nombre de coopératives de production artisanale se sont donné rendez vous à Dakar. Du côté des étudiants de grandes plate-formes comme PANAFRICAN, ou le « Comité universitaire d’étudiants et jeunes qui se mobilisent pour monde meilleur » (associations d’étudiants réunis à propos du FSM) participent activement au travers d’activités culturelles et de débats. D’autres causes et communautés particulières ont également été représentées - le cas des indigènes ou des porte-paroles des mouvements écologistes et du commerce équitable occupent une place importante dans le programme de cette édition.

Malheureusement le peu mobilisation d’une bonne partie des associations des pays du Sud constitue toujours un grand obstacle pour la diversification et la multi-culturalité des acteurs présents dans cette plate-forme de débat. L’organisation des prochaines éditions, notamment Rio 2012, va être l’opportunité de configurer une réelle participation des associations de la société civile à travers le monde ; le dialogue relatif au déplacement des délégations est déjà un point sur la table à Dakar.

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