Les enjeux du Forum social mondial à Tunis

, par  Nicolas Haeringer

Le Forum Social Mondial se tiendra à Tunis, un peu plus de deux ans après le début du dense et intense cycle de luttes et de mobilisations (révolutions tunisienne et égyptienne ; mouvement des Indignés ; Occupy Wall Street ; mobilisations étudiantes au Chili et au Québec ; Y’en A Marre au Sénégal, etc.). Deux après, ce cycle a connu des fortunes diverses : défaites électorales des partis progressistes en Tunisie et en Égypte, guerre en Libye, violente répression du soulèvement populaire en Syrie, éviction des campements Indignés et Occupy, etc.

Pour autant, la flamme que ces mouvements ont ravivée ne s’est pas éteinte. 2011 marque sans aucun doute l’émergence d’un nouveau cycle de luttes et de mobilisation, qui vient prolonger et renouveler le cycle ouvert à la fin des années 90 et au début des années 2000.

L’altermondialisme et les mouvements de 2011 partagent de nombreux traits communs : volonté de construire des alliances aussi larges que possibles, attachement à la diversité des points de vue et des analyses, refus de la délégation, attrait pour l’horizontalité, etc. Mais d’importantes nuances apparaissent également : des sit-ins de la Casbah à Tunis à Occupy Wall Street, en passant par la place Tahrir, la Puerta del Sol ou encore la place de la Constitution à Athènes, l’occupation de l’espace public s’impose comme un élément politique clef. Les militant-e-s y articulent réflexion stratégique et construction de rapports de force à l’expérimentation et la préfiguration.

En cela, ils cherchent à concilier deux traditions historiques du mouvement social : l’action collective sur les structures de domination et d’oppression d’une part, et, d’autre part, la mise en avant de la dimension personnelle de la transformation sociale. Ancrés dans des occupations évidemment locales, ils rompent avec le nomadisme typique du mouvement altermondialiste. En cela, ils ne renouvellement pas tant l’internationalisme altermondialiste ; et cherchent à inventer des formes translocales de solidarité.

Ce Forum Social Mondial sera l’occasion d’avancer dans ces discussions, sur l’état des processus révolutionnaires, les solidarités possibles avec les acteurs de ces luttes, etc.

Il sera par ailleurs bien sûr l’occasion d’approfondir les travaux sur les thématiques récurrentes des forums sociaux : l’accès à l’eau, la justice climatique, les guerres, les communs, la lutte contre la corruption et la prévarication, les droits économiques, sociaux et culturelles, l’annulation de la dette ; etc.

Mais ce forum sera également l’occasion de développer des travaux sur de nouvelles thématiques : les accords de partenariat entre l’UE et les pays de la rive Sud de la méditerranée, les délocalisations (en particulier dans le secteur des télécoms), les grands projets inutiles et imposés, la justice transitionnelle, etc. Il sera en outre sans aucun doute l’occasion d’accorder plus de place au problème de la précarité : des diplômés-chômeurs de Gafsa, Sidi Bouzid ou Kasserine aux étudiants sur-endettés d’Occupy Wall Street, en passant par les jeunes grecs ou espagnols à l’avenir obscurci, les mobilisations de 2011 ont été portées par précaires. Elles ont mis en avant la figure de l’individu endetté.

Le FSM sera organisé en trois temps : en ouverture, des activités traitant de la situation économique et sociale dans la région, ainsi qu’aux autres mobilisations de 2011 ; puis un temps consacré aux activités auto-organisées, réparties dans les différents axes thématiques ; enfin, des « assemblées de convergence et de mobilisation » (sur le modèle de ce qui avait été organisé à Dakar, en 2011).

Son comité d’organisation regroupe les organisations suivantes : le Forum Tunisien pour les Droits Économiques et Sociaux, l’UGTT, le Conseil de l’Ordre des Avocats Tunisiens, la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme, Transparency 25, l’Union des Diplômés Chômeurs, RAID-Attac Tunisie, L’Association des Femmes Tunisiennes pour la Recherche et le Développement, ainsi que les organisations représentant les Tunisiens de l’étranger, le Comité de suivi du Forum Social Maghreb – Machreq et le Conseil du Forum Social Africain.

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