Convergence des luttes contre l’austérité

, par  Attac

L’Europe connait une crise sans précédent. Une crise sociale, économique, écologique, placée sous le signe de la dette. Les États européens, surendettés, incapables de financer leurs dépenses publiques, devraient désormais se résigner à appliquer les mesures nécessaires préconisées par les institutions financières internationales.

Ce type de « cures » a longtemps été imposé aux États du Sud par leurs créanciers. À partir des années 1980, la hausse des taux d’intérêt, impulsée par la Réserve fédérale américaine, a étranglé les finances publiques des pays en développement.
Le Mexique fut le premier, en 1982, à avoir recours à un « plan de sauvetage » du Fonds monétaire international (FMI). Le premier d’une longue liste (dont le Brésil, la Turquie, la Russie, l’Argentine) qui subirent des réformes radicales : réduction des dépenses publiques, réformes en faveurs des multinationales et reculs considérables en termes de droits sociaux.

La Tunisie, où se déroule cette année le forum social mondial, n’a pas été épargnée : en 1985, la Banque mondiale, le FMI et la France imposaient un programme d’ajustement structurel dans la droite ligne des « cures d’austérité » imposées partout dans de nombreux pays pour assurer le paiement des intérêts de la dette.

Presque trente ans plus tard, c’est aujourd’hui l’Europe qui est frappée par la loi des plans d’ajustement structurel. À commencer par la Grèce, sous le coup d’un « sauvetage » du FMI, de la Banque centrale européenne et de la Commission dès 2010. Avec en contrepartie les mêmes recettes, et donc les mêmes conséquences : paupérisation massive de la population, explosion du chômage et des inégalités, récession… Les recettes appliquées en Grèce ont été généralisées aux autres pays européens au nom de la « rigueur budgétaire ». Le nouveau traité européen, entré en vigueur en 2013, oblige désormais les États de la zone euro à présenter un budget en équilibre. Il resserre davantage les critères de Maastricht, et impose de nouvelles coupes dans les budgets publics pour rassurer les marchés financiers.

Se mobiliser contre l’austérité

À l’heure de la crise européenne, nous, Européens, nous devons de regarder vers le Sud. Non seulement pour comprendre les conséquences néfastes des plans d’ajustement structurels appliqués en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie – au plus grand bénéfice des créanciers et au mépris des populations. Mais pour tirer des leçons de mouvements populaires qui ont permis de renverser le rapport de force entre les créanciers et les populations.

Ce fut le cas en Amérique latine, avec l’émergence de gouvernements progressistes qui ont été poussés, sous la pression de mouvements populaires, à renégocier le fardeau de la dette, dont une partie avait été reconnue comme illégitime. Ce fut aussi le cas dans les pays du Maghreb, où les révoltes de 2011 ont permis de renverser des régimes fondés sur une « debtocratie », gouvernements où la dette publique, causée par l’incurie d’une minorité, justifie la paupérisation généralisée.

En Europe, la crise sociale n’a jamais été aussi intense qu’aujourd’hui : le chômage touche un cinquième de la population active et la moitié des jeunes dans les pays d’Europe du Sud. Les mesures annoncées par les institutions et gouvernements européens, inféodés aux diktats des marchés financiers, n’annoncent aucune éclaircie, sinon l’accentuation de la récession et de nouvelles attaques contre les droits sociaux. Dans ce contexte, plus que jamais nous, Européens, devons nous inspirer des mouvements populaires qui ont émergé dans les pays frappés le plus durement par les plans d’ajustement structurel.

Du FSM à l’Altersommet

Ces mouvements, ces révoltes populaires et citoyennes nous précèdent. Leurs luttes citoyennes et politiques ont su, en Islande comme en Argentine, renverser le rapport de force et imposer les exigences écologiques, démocratiques et sociales contre les logiques financières du remboursement de la dette et de l’austérité.

Les mouvements sociaux européens, qui se feront entendre à l’occasion de l’Altersommet début juin à Athènes, doivent tirer des leçons de ces expériences. Ils participeront au forum social mondial à Tunis : pour apprendre, échanger, et mieux comprendre comment sortir du piège néolibéral de la dette et de l’austérité.

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