Retour sur l’Assemblée des femmes

, par  RECIT

Dans un grand amphithéâtre de l’université d’El Manar, plus de 200 femmes venant de tous les pays du monde sont réunies et des hommes aussi sont présents. La séance commence par le chant de deux femmes tunisiennes issues de la région de Sousse, une femme algérienne traduit à côté de nous, « ce que nous vivons en tant que femmes ce n’est pas ce qui est écrit dans notre religion, notre histoire est celle d’un combat pour la liberté et la dignité des femmes en Tunisie et dans le monde ». L’assemblée est traversée par des youyous, c’est un grand moment de liesse générale qui fait du bien. La dynamique des femmes tunisiennes du FSM a mené un vrai combat pour réunir autant de femmes de tous les pays. Nous apprenons que certaines femmes algériennes ont été refoulées à la frontière de leur pays par les autorités algériennes, elles ont dû verser encore de l’argent pour pouvoir être avec nous aujourd’hui.

Beaucoup de slogans sont scandés dans toutes les langues, en voici quelques-uns :
« El pueblo unido jamas sera vencido », « No justice without bodily autonomy », « All sexes, all gender identities, expressions, all sexual orientations, ALL RIGHTS », « Together, let’s end sexual and gender based violence”….

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Nous faisons une minute de silence pour saluer l’ensemble des luttes qui sont menées partout dans le monde.

En Tunisie, les femmes continuent de lutter pour leurs droits, la révolution n’a été qu’un début, le vrai combat reste encore à mener notamment en matière d’égalité des droits. Elles réclament entre autres la constitutionnalisation des droits des femmes pour répondre au paradoxe exprimé ainsi : comment imposer et faire respecter une égalité de droit si cette dernière n’est pas inscrite dans le droit positif du pays ? Aucune constitution ne sera acceptable si elle ne prend pas en compte LES droits des femmes.

Cette assemblée est en elle-même une avancée, car elle nous permet d’être ensemble quels que soient nos pays, nos cultures, nos religions. Nous avons besoin de cette solidarité internationale, de la ressentir concrètement en nous réunissant pour se rendre compte que nous ne luttons pas seules, chacune dans notre pays.

Le corps de la femme est devenu un enjeu politique majeur, quand on considère le viol comme arme principale utilisée contre elle pour leur enlever leur humanité et leur refuser cette dignité pour laquelle elles se battent chaque jour. En Egypte, en Libye, en Tunisie… outre les menaces de mort, beaucoup de femmes ont souffert de ce type de violences pour avoir voulu changer leur condition ou même s’exprimer lors des révolutions qui ont été menées dans leur pays. Les violences faites aux femmes sont visibles à travers le monde entier, qu’elles soient psychologiques, physiques ou sociales, ce FSM est pour nous un moment de reconnaissance de l’inhumanité des traitements que les femmes subissent. La liste est longue, il ne s’agit pas de tous les énumérer pour pleurer ensemble, mais simplement de les exprimer pour poser des mots sur la douleur, la souffrance et rappeler de manière plus incisive pour quoi nous sommes là aussi, que nous soyons européennes, africaines, américaines… aucun pays n’est exempt de tels traitements.

Différents témoignages viennent ensuite illustrer cette assemblée :

La révolution en Tunisie est née de la révolte des ouvriers et des ouvrières du bassin minier notamment de la région de Gafsa, qui étaient excédés par leur condition de travail et de vie et ont donc lutté contre cette exploitation outrancière. Pour autant, les femmes s’interrogent sur la place du peuple dans les élections qui ont suivi la révolution, et leur rôle dans l’écriture de cette nouvelle constitution sur laquelle le peuple ne parvient pas à s’entendre avec les nouvelles élites politiques. Ces dernières n’ont pas pris en compte les revendications et les luttes de cette société civile qui a mené le combat jusque-là. « On va lutter, on va continuer et on va solidariser » proclame l’intervenante tunisienne.

Témoignage d’une femme sénégalaise : « Je suis devenue féministe quand j’ai été confrontée à une discrimination de genre : à 12 ans, j’ai voulu prendre un transport public et le droit de m’asseoir devant m’a été refusé car j’étais une fille. C’est ce qui a créé en moi une conscience féministe. J’ai ensuite commencé à militer au sein des écoles, puis dans les syndicats pour devenir membre fondatrice d’une association de lutte contre les discriminations par rapport aux femmes. Je veux montrer qu’un autre monde est possible dans lequel le respect des femmes est non seulement un principe de droit mais aussi une réalité de fait. L’autonomisation des femmes subsahariennes doit passer par la formation, l’éducation, et la participation politique pour que les femmes puissent accéder aux instances politiques décisionnaires au même titre que les hommes. Nous devons prendre notre place de citoyenne et assumer ainsi nos responsabilités en prenant en compte le contexte dans lequel a évolué nos pays, notamment au travers de la colonisation et du système patriarcal.

Nous ne pourrons accéder à une véritable égalité qu’en créant des alliances stratégiques pour imposer nos droits. Les nouvelles technologies sont des moyens de partager les alternatives inventées par les femmes dans le monde et c’est ce qui nous mènera aussi vers plus de solidarité et nous permet entre autres de nous rencontrer aujourd’hui.

La situation du Mali soulève les problèmes de gouvernance mondiale, les pays africains souffrent du diktat imposé par les pays occidentaux, qu’il soit économique ou politique. Il est nécessaire que les sociétés civiles s’emparent de cette lutte et principalement les femmes qui sont la clé d’un réel changement social et politique du fait simplement que c’est sur elles que reposent l’éducation des enfants, la santé…

Témoignage d’une femme polonaise : « depuis les années 90, l’Europe a imposé à notre pays un ultralibéralisme conduisant progressivement à la destruction des droits sociaux. Les réformes actuelles ont touché particulièrement les femmes qui ont vu les crèches se fermer, les aides refusées, jusqu’à les écarter de l’accès aux biens communs et à tout droit social. Beaucoup d’entre elles travaillent dans des manufactures pour des salaires de misère ne leur permettant plus de nourrir leur famille. C’est cette lutte contre cette exploitation des femmes que je viens partager avec vous. »

Témoignage d’une Brésilienne : « Les femmes de notre pays luttent pour avoir accès à la terre car ce sont elles qui alimentent les populations. Les femmes s’organisent notamment pour combattre les industries agro-alimentaires qui polluent les sols et empêchent une culture saine de la terre permettant de nourrir l’ensemble des personnes. Pour nous l’enjeu est directement lié à la souveraineté alimentaire. »

L’assemblée se termine, nous scandons ensemble des slogans sur la solidarité, en nous promettant de revenir demain, partager nos réflexions dans les ateliers qui débutent dès le matin.

Sanaa & Erika

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