« Seuls les jeunes peuvent concevoir un nouveau système »

, par  Altermondes

Slim Ayedi, journaliste citoyen tunisien, a réalisé plus de 300 vidéos pendant la révolution. Il forme aujourd’hui de jeunes blogueurs dans toute la Tunisie car il estime leur rôle essentiel pour continuer le combat.

Propos recueillis par Yacine Mamouni

Slim Ayedi {JPEG}

Comment êtes-vous devenu blogueur ?

Slim Ayedi : J’ai fait des études de journalisme et un master en communication. Après quatre ans de travail dans les journaux tunisiens, je me suis retrouvé au chômage. En juin 2010, j’ai compris que je devais faire quelque chose, alors j’ai acheté une caméra et j’ai commencé à filmer. Pourtant je ne savais même pas utiliser une caméra ou faire du montage. Dix mois après, la révolution a éclaté, j’étais un des premiers à filmer la révolution, mais je ne me focalisais pas seulement sur les violences, je faisais des interviews de jeunes, de femmes… En onze mois j’ai fait plus de 300 vidéos. En mai 2011, j’ai été invité au Parlement européen pour parler de mon travail et j’ai demandé des financements pour les jeunes parce que les jeunes doivent être les leaders de demain, donc il faut travailler avec eux. Mais rien n’a été fait. J’ai alors commencé à chercher de l’argent un peu partout pour former les jeunes sur tout le territoire tunisien. Mon travail consiste à les former au journalisme citoyen pour qu’ils soient des citoyens actifs. Les jeunes manquent surtout d’espoir et d’estime de soi. Il y a 5 ans, j’étais quelqu’un de marginalisé, je n’arrivais pas à voyager, je n’avais même pas de passeport. Et aujourd’hui, ça a changé. Je leur donne souvent mon exemple pour leur redonner de l’espoir.

Pourquoi est-ce si important, aujourd’hui, de travailler avec les jeunes ?

S.A : Le système est en train d’échouer parce que l’humanité est en train de vieillir. Ce sont les vieux qui gouvernent partout. Je ne suis pas anti-vieux, je les respecte, j’ai été éduqué par mon grand-père. Mais nous avons besoin de temps et de créativité pour trouver de nouvelles solutions. Pour voir les fruits d’une révolution, il faut attendre 15 à 20 ans, et les gens qui nous gouvernent n’ont pas ce temps là. C’est mathématique : les jeunes ont du temps et de la créativité et peuvent concevoir un nouveau système.

Quel a été le rôle des jeunes blogueurs dans la révolution ? Et quel impact la révolution a eu sur les blogueurs ?

S.A : Ce sont les activistes qui faisaient bouger les choses sur internet, leur rôle était de dénoncer la dictature, faire des groupes sur facebook contre le système. C’était un rôle difficile, ils étaient censurer par Ben Ali. Les médias étaient tellement pro Ben Ali que nous avions besoin de médias alternatifs et les blogueurs étaient ce média alternatif. Mais ils n’ont rien gagné avec la révolution. Ils sont toujours marginalisés. Si les jeunes ont fait la révolution c’est parce qu’ils en avaient marre. Aujourd’hui le chômage a encore augmenté, les diplômés sont toujours dans les mêmes cafés. Une seule chose a changé : les jeunes ont maintenant l’espoir d’un changement. Ils ont fait une première révolution et il peuvent en refaire une deuxième même une troisième.

Votre travail est-il, aujourd’hui, aussi utile ?

S.A : Au début j’étais seul, aujourd’hui il y a deux cent jeunes blogueurs, demain on aura besoin de 1000, voire 2000 blogueurs. Il ne faut pas s’arrêter là parce que rien n’est gagné. La révolution, ce n’était qu’une bataille, maintenant il faut voir comment gagner la guerre ! On doit continuer !

Voir en ligne : Altermondes propose une couverture quotidienne du FSM de Tunis et forme des jeunes à l’écriture journalistique : découvrez le projet "Reporters transméditerranée"

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