Participer à un FSM, c’est à la fois voyager... et se perdre !

, par  RECIT

Dernière journée d’ateliers, se laisser perdre dans le forum, par Philippe.
Participer à un FSM, c’est à la fois voyager autour du monde, assister à des meetings politiques, profiter d’une grande fête de famille et zapper entre des chaînes de télé en plusieurs langues... Un exemple d’itinéraire sur ces 3 derniers jours, par Magali.

JPEG« Laissez vous perdre dans le Forum » était le conseil de Gus Massiah en ouverture du FSM. C’est ce que je décidais pour ma part de faire pour cette dernière journée, pendant que Sanaa et Erika se rendaient à un atelier sur « Les luttes des femmes migrantes ».

Après deux jours bien remplis sur des ateliers en lien avec la jeunesse il était temps d’aller voir ailleurs et de se laisser un peu porter par d’autres thèmes ou rencontres.

J’ai ainsi croisé à nouveau les réfugiés du camp de Choucha, et vu qu’ils ont finalement pu entrer sur le site du FSM pour faire valoir leurs revendications un peu plus dignement que la veille. C’était déjà une belle surprise !

Je me rends compte également que la jeunesse militante est sans aucun doute plus présente sur les zones du Global square, avec le mouvement Occupy, et sur les zones qui traitent de problématiques plus spécifiques de la région ! Il y a donc toujours autant de discussions aux détours des allées, mais cette fois avec un employé de la télévision tunisienne qui m’explique qu’il y a bien eu des sujets sur le forum mais plutôt dans des émissions politiques et pas forcément d’informations généralistes. C’est un choix éditorial (!) qui explique peut être le peu d’échos dans la population.

Plus de monde, plus de jeunesse… et toujours de la tension lorsque les opposants syriens affrontent verbalement des sympathisants au régime en place ! Les jeunes volontaires de l’organisation se sont heureusement bien mobilisés et cela n’ira pas plus loin cette fois.
Cela contraste beaucoup avec l’ambiance très festive vue à l’intérieur de la grande tente de la Palestine où chants et danses rythment les différentes interventions.

Je termine sur la très bonne note de cette journée et peut être même du forum. La rencontre avec un collectif de cinq associations qui ont monté un Bus Citoyen. Elles se sont toutes créées au lendemain de la révolution et se sont unies pour sillonner le pays en bus et proposer des actions de formation citoyenne afin de sensibiliser les tunisiens à l’importance du vote !

Elles utilisent des leviers pédagogiques différents les unes des autres. Pour l’une c’est l’art au sens large, l’autre la BD, une autre travaille plus spécifiquement sur un public féminin.
Nous échangeons beaucoup sur la notion de citoyenneté et décidons de garder le contact.
Du concret et de l’engagement de terrain, cela fait du bien pour terminer et pour se projeter sur le retour en France qui est proche !

Philippe


J’ai commencé le Forum avec un atelier sur l’éducation organisé par le CCFD-Terre solidaire où nous avons réfléchi aux concepts liés à l’implication des "jeunes" : "vivre ensemble", "identité"... une animation participative donnant une parole particulière aux porteurs d’expériences dans des pays d’Amérique latine, du Maghreb et du Proche-Orient. Une bonne façon de se décentrer de nos réflexes de pensée français, en regardant sous un œil neuf des mots chewing-gum qui perdent leur saveur à force de les remâcher machinalement. Ainsi, un Colombien attire notre attention sur le fait que l’accès aux droits ne passe pas forcément par la citoyenneté : ainsi, certains peuples indigènes ne souhaitent pas rentrer dans le système étatique, pour autant ils ont des droits à faire valoir tout comme les autres. De même, un groupe souligne les connotations que le terme "démocratie" a pour certains Tunisiens qui l’assimilent à un modèle occidental dangereux de libéralisation sans borne qui mènerait à l’anarchie.

JPEGL’atelier de l’organisation LOJIQ de l’après-midi est des plus toniques, il concerne également l’engagement des jeunes mais selon le principe d’une succession de présentations d’expériences par les jeunes eux-mêmes qui, debout devant une salle de cours bien pleine, parlent de leurs actions. Amap étudiante, projet créatif, féminisme, lutte sociale, occupy... C’est d’une grande variété, un peu trop juxtaposée à mon goût, mais on sent l’intérêt suscité quand la "séance étant levée", les gens se précipitent pour interpeller tel ou tel jeune pour en savoir plus... En fait, c’est là que tout a commencé. J’imagine le nombre de nouveaux "amis" ainsi créés le soir-même sur le réseau social internet que je ne veux pas nommer.

J’enchaîne sur une conférence sur un tout autre registre, sur les perspectives internationales autour de la Palestine, organisée par l’ECCP. Dans la salle, quasiment que des militants dédiés à la lutte pour les droits des Palestiniens, même si certaines interventions semblent s’adresser à des novices. Un panorama impressionnant de types d’actions sur la Palestine, depuis les comités populaires en Cisjordanie axés sur des actions directes non violentes face à l’occupant israélien, jusqu’à la campagne mondiale de boycott BDS (dont la cible actuelle France Télécom-Orange impliquée dans l’occupation) en passant par le soutien des prisonniers des prisons israéliennes ou les missions civiles. Ambiance très politique et volontariste, même si nous n’en sommes pas encore au temps de faire la synthèse des priorités communes...

Le lendemain, j’entame les cérébrations par un atelier sur la Vérité selon Gandhi qui commence par l’intervention d’un Népalais sur les luttes politiques dans son pays, entre marxistes et non violents. Bien qu’exercée à l’accent asiatique, mon oreille peu alerte se heurte durement à l’anglais exotique de l’intervenant. Le second intervenant entre quant à lui à fond dans la philosophie gandhienne. Gandhi reste une figure de référence aujourd’hui, mais de façon tantôt fade, tantôt idolâtre, tantôt hypercritique. Pourtant, sa pensée nous laisse encore 3 grandes leçons : l’articulation entre recherche personnelle de la vérité et activisme politique ; la non-violence comme un idéal politique de conjonction de la Vérité et de la Force ; la vision radicale d’alternatives de développement (relocalisation). Je retiens aussi l’idée d’une modernité occidentale visant à perfectionner l’économie, les sciences, les technologies... pour éviter d’avoir à perfectionner l’être humain. Je me demande en quittant cet atelier si la recherche de la justice ne serait pas, dans le fond, le seul vrai point commun des altermondialistes...

Manger un truc vite fait et hop, me voici plongée dans le grand jeu de simulation "Vivre en Palestine" proposé en phase de test par la Plateforme des ONG pour la Palestine. A travers plusieurs jeux de plateaux et de rôle bien fichus, nous expérimentons les difficultés des Palestiniens et de ceux qui leur sont solidaires au quotidien, notamment quand il s’agit de franchir la douane israélienne ou les check points. Le jeu va loin, de la mauvaise humeur aléatoire de l’agent israélien jusqu’aux situations d’attente interminable. Au débrief, les participants expriment leurs ressentis : frustration, colère, arbitraire... L’un d’eux témoigne : "Ce n’est qu’un jeu et je suis déjà super énervé, qu’est-ce que ça doit être pour ceux dont c’est le quotidien réel !"

Justement, j’ai rendez-vous maintenant à la tente "Palestine" pour accrocher une exposition réalisée avec deux camarades : une quinzaine de panneaux didactiques qui comparent la situation en Palestine à celle au Sahara occidental, dénonant les mêmes mécanismes globaux de colonialisation, occupation, racisme, propagande, construction de murs, la même paralysie de la communauté internationale aussi. Nous n’avons pas le temps de finir de l’accrocher que des Marocains (sans nul doute issus de la délégation mandatée par le Royaume du Maroc) se jettent sur nous, arrachent l’exposition et en emportent les premiers panneaux. Lise est légèrement blessée au passage. Finalement ce sont les anarchistes qui accepteront d’accueillir et protéger ce qu’il reste de l’exposition, et nous ne récupérerons jamais les panneaux, malgré l’intervention de plusieurs personnes.
Ce n’est qu’une des opérations de sabotage des mandatés du Royaume marocain, bien réputés ici au FSM pour s’attaquer, même violemment, à tout ce qui dénoncerait l’emprise coloniale sur le Sahara occidental. Au final, leurs agissements grossiers et antidémocratiques sont un service de communication rendu à la cause sahraouie qui souffre d’être très mal connue. Voilà un autre parallèle avec les agissements israéliens : tellement à gros sabots qu’ils se délégitiment eux-mêmes auprès de ceux qui n’auraient pas encore de conviction assurée. N’empêche que ça me gâche la fin de ma journée...

JPEGLe vendredi est consacré à l’atelier que RECit propose sur l’éducation, avec Ritimo. Nous passons la matinée à en revoir les enjeux au regard du vécu sur ce FSM et à prévoir le déroulé. Finalement, une trentaine de personnes y participent, de plusieurs nationalités. Nous orientons la discussion autour du rôle éducatif du FSM pour chacun de nous, et comment nous allons, ensuite, "éduquer le monde" (et soi-même) à partir de ces acquis. Les résultats feront l’objet d’un autre article... et d’une contribution pour les Assemblées de convergence pour l’action du lendemain sur l’Education et sur l’avenir du processus des FSM...

Magali

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