Témoignage de l’Expérience maghrébine de la lutte contre les violences des femmes

, par  IEDES

L’après-midi du 26 mars dans la Faculté de Droit de l’université de Tunis El Manar a eu lieu la conférence sur l’Expérience maghrébine de la lutte contre les violences à l’égard des femmes organisée par l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD) et l’Association Marocaine pour les Droits des Femmes (AMDF). Cette conférence a abordé la situation critique des femmes dans les pays du Maghreb et leur lutte incessante pour introduire dans la Constitution une loi qui protège la femme de la violence et pénalise l’agresseur.

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L’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD) est une organisation non gouvernementale qui a comme mission l’égalité entre les sexes, la démocratie, la laïcité et l’éradication de l’analphabétisme. L’ATFD a toujours lutté contre la violence et travaille dans la promotion de campagnes de sensibilisations auprès des femmes. En 1991, une campagne a été mise en place pour encourager les femmes victimes de violences à briser le silence ; ensuite en 1993, un centre d’écoute et d’orientation a été créé pour assurer l’accompagnement psychologique des femmes victimes de violence et des mères célibataires.

L’objectif du centre repose aussi sur une approche féministe pour le respect de l’intégrité et de la liberté physique et moral des femmes. Le principe du centre est le respect (pas de jugement), l’anonymat et la confidentialité. Chacun des cas des femmes victimes de violences est enregistré dans un dossier qui est gardé strictement confidentiel, et la décision de la femme est toujours respectée. Le but est d’aider les femmes à parler étant donné que les violences sexuelles restent encore des taboues. Les étapes du centre sont l’accueil, l’écoute solidaire par un membre de l’association, le soutien phycologique, c’est-à-dire de les faire comprendre qu’une vie sans violence est possible. Une protection juridique est assurée par des femmes avocats du centre afin d’offrir une orientation juridique aux femmes et de les faire connaitre leurs droits. D’ailleurs, un réseau d’avocats amis de l’association travaille bénévolement pour accompagner juridiquement les femmes. Bien que le centre vole au secours des femmes, le problème critique au Tunis est l’hébergement des femmes victimes de violences, puisqu’elles quittent leurs domiciles et se retrouvent sans logement. Malheureusement, il n’y a pas encore de solutions, car il n’y a pas d’hébergements. Un centre qui était assuré par l’Union Nationale de Femmes Tunisiennes a été fermé après la révolution. Alors certaines femmes sont hébergées chez les membres de l’association.

Selon une enquête tunisienne 44,3% des femmes tunisiennes ont été victimes de violences au moins une fois dans leur vie. Après la révolution, elles ont constaté plus de restrictions pour les femmes, qui se sont manifestées par des agressions et violations.

En Algérie, la présidente du Centre d’Information et de Documentation sur les Droits de l’Enfant et de la Femme (CIDDEF), a remarqué qu’en 1995 la violence était considérée comme un délit pénal mais pas la violence faite aux femmes ; néanmoins cela ne veut pas dire que la violence à l’égard des femmes n’est pas sanctionnée, étant donné que le code pénal ne fait pas de distinction entre l’homme et la femme. Le code pénal algérien sanctionne en effet un certain nombre de violences comme le viol et l’agression sexuelle. Notamment, en 2005, l’harcèlement sexuel au travail a été pénalisé et considéré comme une infraction par les législateurs algériens pour que les femmes travailleuses puissent dénoncer et poursuivre les agresseurs qui sont, dans la plupart des cas, leurs chefs hiérarchiques. Cette organisation montre qu’elles ont fait confiance à la jurisprudence et une demande a été faite aux législateurs pour affiner l’article qui condamne l’harcèlement sexuel, en protégeant le témoin et en pénalisant fortement l’agresseur.

Le travail de cette organisation est surtout de criminaliser la violence conjugale et domestique contre les femmes. Malgré la mise en place d’un réseau, d’un centre d’écoute et d’un système d’information avec une base de donnés, une enquête de prévalence montre qu’une femme sur trois a été victime de violence, et en 2008, 750 mil femmes ont admis qu’elles étaient victimes de violence. Dans la plupart des statistiques, c’est la violence conjugale qui prédomine avec 75% des femmes qui disent avoir été victimes et ces chiffres correspondent aussi aux statistiques de la police algérienne.

La situation est similaire en Lybie et au Maroc où la société est dominée par l’homme et la femme marginalisée. Même si la Constitution garantit l’égalité des droits en matière d’éducation, cela n’est pas le cas pour la criminalisation des violences faites aux femmes.

En résumé, les femmes réunies pour cette conférence ont affirmé que le viol conjugal reste encore un tabou, qu’il faut continuer la lutte afin que le gouvernement et le pouvoir politique introduisent une loi intégrale contre les formes de violence faites aux femmes et qu’il faut pénaliser et criminaliser l’agresseur, même si la femme se rétracte dans le tribunal parce que rien ne justifie la violence et l’agresseur est l’unique responsable.
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Par Fanny Jaramillo Villavicencio, IEDES.

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