La charte mondiale des médias libres : un répertoire de valeurs adopté à Tunis

, par  Makaila N’Guebla

Les rideaux sont tirés, ce 28 mars 2015, à Tunis, sur les travaux de la 13ème édition du Forum social mondial 2015 (FSM) qui ont eu lieu dans les locaux de l’Université El-Manar. Cette rencontre internationale des mouvements altermondialistes a mobilisé dans la capitale tunisienne plus de 60000 participants venus de tous les coins du monde pour débattre des différentes thématiques et proposer des alternatives dans un monde dominé par le poids de l’injustice sociale, de l’impérialisme, de l’hégémonie, menacé par le terrorisme et diverses formes d’aléas.

L’École nationale d’ingénieurs de Tunis (ENIT) a abrité du 22 au 28 mars 2015 différents ateliers dans le cadre de la 4ème édition du Forum mondial des médias libres (FMML) qui regroupe des radios communautaires, des journalistes, des blogueurs, des communicants traditionnels en marge du Forum social mondial 2015.

Ils ont travaillé sur la Charte mondiale des médias libres, dont l’idée a germé en 2009, lors du premier Forum mondial des médias libres (FMML), tenu à Belem au Brésil. Elle a été approfondie au FSM 2013 de Dakar, puis FSM 2013 de Tunis et d’autres rencontre à Paris, à Marrakech. Elle consiste à promouvoir le droit à l’information, l’accès à l’information et à la communication à travers l’Internet, les radios communautaires et autres canaux de diffusion en faveur d’une couverture médiatique de l’actualité.

Préoccupées par le droit à l’information, la gouvernance de l’Internet, les différentes organisations notamment du Brésil, de la France avec Ritimo, du Maroc, avec le portail de la société civile Maghreb-Machrek e-joussour, du Canada avec Alternatives et d’autres structures qui militent pour une solidarité internationale et transnationale, ont décidé de porter le projet de la Charte mondiale des médias libres, un véritable répertoire des valeurs afin de modifier le rapport des forces. Ils estiment que le monde est traversé par un modèle économique qui pervertit certains médias dans leur traitement de l’information sur l’actualité internationale.

La Charte : aboutissement d’un long processus

Pour Erika Campelo, responsable projet à RITIMO à Paris (France), le processus de la Charte a duré deux ans : « Nous avons consacré deux ans de travail, avec des rencontres, des séminaires nationaux, sous-régionaux et internationaux, des constructions alimentées par beaucoup d’organisations parfois sur Internet, des consultations et la mise en place de groupes de travail pour parvenir à la rédaction de cette Charte. »

Réactions des participants

Responsables d’organisations ou citoyens qui ont collaboré au processus de ladite Charte, ont exprimé leurs satisfactions après l’adoption de ce précieux document, référence mondiale pour le droit à l’information dans l’intérêt général.

Venu du Maroc, Leghtas Mohamed, coordinateur du portail e-joussour de la société civile Maghreb-Machrek : « Je suis très content aujourd’hui, parce que c’est une journée historique dans le mouvement des médias libres caractérisée par l’adoption de la Charte mondiale des médias libres, et donc nous allons ouvrir une nouvelle page, c’est une nouvelle étape dans le processus des médias libres dans le monde. »

Canada : utiliser la Charte à des fins pédagogiques

Depuis 2013, Stéphane Couture participe au FMML, il est chercheur en communication à l’université McGill de Montréal au Canada. Pour lui, au Canada, la Charte sera utilisée à des fins pédagogiques : « Nous allons utiliser la charte à des fins pédagogiques, des discussions, pour continuer la réflexion sur la pertinence des ces médias-là, d’autres organisations vont s’en servir comme outils de plaidoyer dans leurs pays, pour faire reconnaitre les radios communautaires et les médias libres dans leurs pays, je pense que ça peur servir à la fois pour sensibiliser les gens au sein FSM et créer des plateformes communes. »

La Charte, un outil politique

Migrant français vivant en Argentine, François Soulard est un acteur et contributeur dans le processus. Il estime que la Charte peut être un outil politique : « Je suis très content de voir qu’après deux ans de travail, d’accumulations d’idées, de rencontres, de séminaires, les différents médias libres ont réussi à rédiger un texte commun, une vision commune sur pleins de choses qu’ils avaient dans leurs têtes, dans leurs rêves, dans leurs combats, dans leurs luttes. Ce n’est pas facile de mettre tout ça en commun, donc, on a réussi à synthétiser tout ça dans un texte qui a ses grandes qualités et ses limites mais qui marque une grande avancée, une affirmation comme un acteur politique en tant que tel ».

Mise en œuvre de la Charte

En termes d’actions, de promotion et de vulgarisation, les organisateurs envisagent de rendre la Charte visible par le biais d’un site web en différentes langues, la faire approprier par des réseaux en Afrique, soutenir des infrastructures technologiques (Internet), marqué sa solidarité avec les peuples turcs, palestiniens et saharouis victimes d’un déficit médiatique dans leurs revendications politiques et identitaires et organiser une journée mondiale sur Internet.

A travers cette Charte qui les unit pour des valeurs communes, les participants entendent ne donner d’espace à aucune forme de discrimination ou d’oppression.

Reportage à Tunis de Makaila N’GUEBLA.

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