Interview de Raphaël Canet – co-coordinateur du FSM 2016 le Forum social mondial (FSM) à Montréal en 2016

, par  Anna Demontis

Raphaël Canet est l’un des co-coordinateurs généraux du collectif d’organisation du Forum social mondial 2016. Il nous raconte l’histoire et les enjeux du prochain FSM qui est porté, au Québec, par un rassemblement d’individus et de citoyens depuis mai 2013.

Comment est venue l’idée d’organiser le FSM 2016 à Montréal ?

L’idée a commencé à émerger à Dakar, en 2011. Nous avons créé un petit groupe de réflexion dans l’optique de déposer un dossier pour Montréal 2013. Mais finalement, nous avons appuyé la candidature de la Tunisie car nous étions en plein printemps arabe. Nous avons relancé la machine en 2013, en prenant contact avec le mouvement Occupy, qui est très fort au Québec, et en réunissant une assemblée populaire dans un parc à Montréal. De leur côté, les Tunisiens voulaient refaire un FSM. Nous avons donc fini par trouver une entente : l’édition de 2015 à Tunis et celle de 2016 à Montréal.

Pourquoi organiser un FSM dans un pays du Nord ?

Cette édition interroge les organisations sur leur capacité de mobilisation. C’est toujours facile pour les acteurs du Nord d’envoyer des délégués dans les pays du Sud, mais l’inverse est différent. Organiser le FSM 2016 à Montréal est d’autant plus judicieux que la distinction Nord/Sud n’est plus vraiment pertinente dans le monde actuel. Depuis la crise de 2008 et les réactions sociales qui l’ont suivie, on ressent une indignation partout. Les inégalités s’accroissent au Nord comme au Sud. S’ajoute la question environnementale qui n’a pas de frontière. Les sociétés civiles peuvent ainsi se rendre compte que les problèmes qu’elles essayent de régler ailleurs, elles les ont aussi chez elles.

Qu’est-ce que l’édition de Montréal va apporter au processus ?

Le FSM 2016 peut permettre une meilleure connexion entre les mouvements de base des États-Unis, du Québec et de l’Europe, ce qui peut faire ressortir des problématiques que l’on retrouve partout. Par exemple, la lutte contre l’austérité, qui est très présente au Québec, est un modèle général dans lequel nous nous retrouvons tous. Des thématiques particulières vont également émerger ici, comme celle des personnes en situation de handicap qui a un comité thématique dédié au sein de notre collectif. D’un point de vue méthodologique, implanter le Forum social mondial au Nord nous a forcé à innover dans le processus organisationnel. Depuis le début, on s’est appliqué à nous-même les valeurs énoncées par le forum – horizontalité, inclusion, participation – pour enclencher une mobilisation en dehors des canaux traditionnels du processus. Ce qui débouche sur plusieurs petites innovations que l’on pourra léguer aux prochaines éditions.

Quels sont les enjeux de cette édition du FSM ?

Tout d’abord, impliquer d’avantage les mouvements nord-américains dans le processus des forums sociaux afin que ce ne soit pas toujours le tandem franco-brésilien qui porte le mouvement altermondialiste mondial. Ça peut aider à renouveler le processus, notamment en établissant des connexions avec la mouvance Occupy. Il faut également profiter de ce premier forum au Nord pour redonner une impulsion à la logique des forums sociaux et continuer à renforcer la société civile, afin qu’elle devienne un acteur de propositions. Les deux FSM de Tunis s’inscrivaient dans un contexte révolutionnaire et de transition. Aujourd’hui, on peut prendre un peu de recul et se positionner dans un nouveau contexte pour voir comment la lutte doit aussi être menée au Nord.

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