Dominic Brown : "Le changement doit être porté par les travailleurs, les classes populaires, les pauvres"

, par  Myriam Merlant

Rencontre avec Dominic Brown, membre de l’Alternative Information and Development Centre, partenaire du CCFD-Terre Solidaire.

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1/ Quels sont les objectifs de l’AIDC ?

L’Alternative Information and Development Centre (AIDC) est une organisation basée au Cap, en Afrique du Sud, qui vient de souffler ses 20 bougies cette année. L’organisation a été créée dans le contexte post-apartheid, sur l’idée qu’il y avait alors des opportunités immenses pour la justice sociale. Le temps du changement était venu mais il ne serait possible que par les mouvements de la « base », notamment en s’appuyant sur les jeunes, sur les travailleurs et sur les mouvements de femmes. Ainsi l’AIDC s’est spécialisé sur deux thématiques : les questions économiques, et notamment celle du travail décent, et la question du changement climatique. Sur ces deux sujets globaux, nous menons un travail d’éducation populaire, en facilitant l’accès à l’information. Nous publions un magazine, Amandla ! (« pouvoir »), où l’on aborde les questions économiques (alternatives face au chômage de masse, lutte contre la pauvreté...) et écologiques (énergies renouvelables, lutte contre l’extractivisme...), nous organisons des formations et des séminaires à destination des femmes, des jeunes, des militants syndicaux, nous appuyons les mouvements sociaux et les organisations pour qu’ils puissent optimiser leur communication sur Internet... Tout cela dans l’objectif de renforcer les capacités de la base. Notre victoire à nous, c’est de jouer sur le nombre, de voir la prise de conscience grandir. Le néolibéralisme court à sa perte. Un maximum de personnes doivent le savoir et se mobiliser pour que le changement ait lieu.

2/ Quelles sont tes missions au sein de l’AIDC ?

J’écris pour Amandla !, je m’occupe de la gestion des réseaux sociaux et de la diffusion de l’information... Mais je mène aussi d’autres projets d’éducation populaire, d’organisation de séminaires et de formations. Cette année a été particulièrement éprouvante. J’ai produit une étude en milieu étudiant, où il y avait de fortes contestations par rapport à la privatisation de l’enseignement. Une manifestation qui était organisée a dégénéré : j’ai été accusé d’incitation à la violence, la police m’a reproché des faits mensongers comme le fait de faire brûler des poubelles. Résultat : j’ai passé 3 jours enfermé dans une cellule d’isolement, aux côtés de criminels, parce que j’étais sympathisant du combat des étudiants. Le contexte de mobilisation n’est pas facile car il y a une énorme répression de la part du gouvernement.
Un événement plus positif va se dérouler la semaine prochaine : à partir du 16 août, au Swaziland, le Tribunal des peuples contre les multinationales passera en revue plusieurs cas de violations des droits humains liées à l’exploitation des multinationales. Au sein d’AIDC, nous allons enregistrer tous ces cas pour diffuser l’information. J’attends beaucoup de cet événement pour lutter contre l’impunité des multinationales. Je suivrai de près ce Tribunal même si je serai encore à Montréal à ce moment-là...

3/ Quelles sont tes attentes vis-à-vis du Forum social mondial ?

Le fait d’être ici, pour la première fois, me prouve à quel point il y a un besoin fort pour la mise en place des alternatives. Partout dans le monde, des mouvements et des individus en appellent à la solidarité internationale. C’est très important pour moi de faire des liens car nos combats sont interconnectés. Le Forum social mondial représente un espace pour prendre conscience que les minorités ont du pouvoir. Même s’il faut célébrer la diversité, je souhaiterais qu’il y ait quelques messages unificateurs, sur les frontières et les migrants par exemple, que je pourrais ensuite porter dans mon pays et mon association. Il faut garder en tête notre objectif : mettre en place des actions de transformation, contre le néolibéralisme. Ce changement doit être porté par les travailleurs, les classes populaires, les pauvres… Il ne peut intervenir qu’au niveau local mais il ne peut durer qu’avec une dynamique internationale. C’est ce qu’a prouvé l’exemple récent de la Grèce, où le gouvernement Syriza s’est heurté au diktat des institutions financières internationales, qui représentent les intérêts des grandes firmes multinationales.

Plus d’infos :

http://aidc.org.za

http://aidc.org.za/amandla-media/

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