En Amérique centrale, des terres polluées et des activistes menacés par les multinationales minières

, par  Libération

Au Forum social mondial, des militants du Nicaragua, Guatemala et Salvador dénoncent l’impunité des multinationales de l’industrie minière, coupables de violations des droits de l’hommes et de destructions de l’environnement dans leurs pays.

Des photos de mineurs, accrochés à des échelles rouillées, enfouis à 150 mètres de profondeur, défilent sur le grand écran de l’amphithéâtre. A l’occasion de l’édition 2016 du Forum social mondial (FSM), à Montréal, Dalila Aleman, représentante de la centrale sandiniste des travailleurs au Nicaragua, est venue au Canada exposer sa lutte pour l’amélioration des conditions de vie des mineurs dans son pays. « L’an dernier, 27 corps de travailleurs tués dans des mines n’ont pu être rapportés à leur famille. Et celles-ci n’ont obtenu aucune pension de dédommagement, car les entreprises obligent les mineurs à travailler comme indépendants », raconte Dalila Aleman.

A ses côtés, deux militants salvadorien et guatémaltèque sont également venus au FSM dénoncer les conséquences sociales, économiques et environnementales de l’industrie minière dans leur pays. « Ces entreprises présentent à la population locale leurs projets d’extraction comme une source de fort développement pour eux, rapporte Edgardo Mira, membre du Centre d’investigation sur l’investissement et le commerce au San Salvador. En réalité, leurs activités provoquent l’appauvrissement de la population et fragilisent les travailleurs qui n’ont aucune sécurité de l’emploi. L’extractivisme minier cause aussi une contamination des eaux dont s’abreuvent les habitants et de la terre à l’arsenic, à l’aluminium et au mercure. »

« Nous recevons régulièrement des menaces de mort »

Comme Dalila Alema au Nicaragua, le militant salvadorien espère forcer son gouvernement à interdire l’extraction minière de métaux, ou au moins à réguler les pratiques des entreprises du secteur. Malgré une forte mobilisation de la société civile locale, la lutte risque d’être longue : environ quatre-vingts projets d’extraction sont actuellement à l’étude au Honduras, Salvador ou Guatemala.

En plus de faire face à des multinationales aux moyens largement supérieurs aux leurs, ces activistes d’Amérique centrale risquent leur vie en défendant leur terre et les droits des travailleurs de leurs pays. « Nous recevons régulièrement des menaces de mort et plusieurs membres de mon organisation bénéficient d’une protection individuelle, affirme José Cruz, activiste pour le collectif écologiste guatémaltèque Madreselva. La criminalisation des défenseurs de l’environnement, en grande partie issus des populations autochtones mayas, est systėmatique dans le pays. » Selon un rapport de l’ONG Global Witness publié en 2015, l’année précédente, 12 militants environnementaux ont été tués au Honduras et 5 au Guatemala.

Le Canada, paradis pour entreprises minières

La présence de ces militants au Canada n’est pas anecdotique. Une très grande partie des multinationales minières présentes en Amérique centrale sont canadiennes. Le pays pratique une politique réglementaire et fiscale très conciliante envers ces entreprises. « En s’installant au Canada, elles peuvent se dédouaner de la responsabilité sociale et environnementale de leurs activités à l’étranger », regrette Jean Charité, de la Confédération des syndicats nationaux au Québec. Selon un rapport de l’ONG Council on hemispheric affairs de 2014, entre 50 et 70% de l’activité minière en Amérique latine et centrale serait menée par des entreprises canadiennes.

Cette impunité pourrait évoluer prochainement : plusieurs militants mènent des actions en justice, sur le sol canadien, pour obtenir réparations des violations des droits de l’homme, commises par des entreprises canadiennes en Amérique centrale.

Aude Massiot.

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