Tolekan Ismailova : "Notre grande force réside dans notre société civile"

, par  Myriam Merlant

Tolekan Ismailova est la directrice de Bir Duino et du Festival du documentaire sur les droits l’homme au Kirghizistan. Rencontre avec la partenaire du Secours Catholique-Caritas France.

1/ Quelle est la situation actuelle au Kirghizistan ?

Le Kirghizistan est un pays très pauvre, classé à la 120e place selon son indice de développement humain. Un des problèmes majeurs concerne l’éducation car trop peu de jeunes y ont accès. Le système éducatif est corrompu et la société en général. Sans éducation, un grand nombre de jeunes femmes sont tentées de migrer dans un pays voisin - Russie et Kazakhstan principalement – où elles alimentent toute sorte de trafics. Les mariages précoces maquillent parfois ces trafics et les petites filles envoyées à l’étranger finissent souvent enrôlées dans des activités de prostitution. D’après une étude que nous avons réalisée, sur 100 femmes kirghizes, 5 ont été violées ou kidnappées. Les jeunes et les femmes sont particulièrement vulnérables.
Au niveau politique, la situation n’est pas très reluisante non plus. Nous avons récemment connu 2 révolutions : une première en 2005, où des manifestations massives ont eu lieu contre la politique des clans, pour réclamer une vraie démocratie. Cette révolution s’est soldée par l’exil du Président d’alors en Russie. Mais ses successeurs n’ont pas vraiment inversé la tendance à l’autocratie.
En 2010, une deuxième révolution s’est soldée par la mort de 87 personnes dans une manifestation. Cet événement a abouti à la création d’un Parlement. Malheureusement, notre Président actuel veut revenir sur cette décision, changer la constitution et a des velléités d’indépendance par rapport aux Nations Unies.
Malgré toutes nos difficultés, notre grande force réside dans notre société civile. Beaucoup d’activistes ont vécu en Europe, ils reviennent très organisés et font avancer nos combats.

2/ Quelles sont les missions de ton association ?

Bir Duino travaille pour protéger les personnes les plus vulnérables. Nous faisons d’abord un gros travail de recherche, reconnu par les Nations Unies, pour répertorier les cas de violations des droits humains, avec un focus particulier sur les femmes et les enfants. Quand ces personnes victimes sont localisées, l’objectif est de les faire rentrer chez elles ou dans leur famille. Les victimes en Russie peuvent se rendre au centre psychologique de St Petersbourg, qui est notre partenaire.
A partir des cas référencés, nous mettons également la pression sur le gouvernement russe, afin qu’il garantisse des conditions d’accueil plus sûres. Nous avons mis en place des actions de plaidoyer pour que la Russie et le Kazakhstan signent la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et de leur famille. En tant que membre de la Plateforme de l’Asie centrale en mouvement, qui regroupe 20 ONG, nous profitons d’un travail en réseau pour lancer des actions pour protéger et défendre au mieux les droits des personnes. Les femmes activistes avec lesquelles nous travaillons ont régulièrement besoin de formations : c’est aussi notre rôle de mettre en place des programmes de renforcement des capacités.
En 2009, nous avons reçu un prix pour notre Programme de justice juvénil qui consiste à imaginer un système alternatif à l’enfermement pour les jeunes.
Nos combats sont multiples mais toujours dans le but de faire respecter les droits des personnes.
Dernière chose qui me vient en tête : nous nous attachons à défendre la liberté d’association, régulièrement menacée dans notre pays, et son corollaire : la liberté d’expression. Car comment faire avancer les luttes sociales et politiques si l’on est privé de sa liberté d’expression ?

3/ Quelles sont tes attentes vis-à-vis du Forum social mondial ?

J’étais présente au Forum social mondial de Bélem (2009) et à celui de Tunis (2013). Le Forum est une occasion de rencontrer et de faire des liens avec les grassroot people ("populations de la base") et c’est important pour moi, car c’est pour eux que nous travaillons. Mais plus globalement, je suis présente ici en tant que défenseure des droits humains comme des milliers d’autres participants ici.

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