Marcus Brancaglione : « Le revenu de base repose sur des valeurs d’émancipation »

, par  Philippe Merlant

Un entretien avec Marcus Brancaglione, président-fondateur de ReCivitas (Brésil), partenaire du Mouvement français pour un Revenu de base.

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1/ Quels sont les objectifs de ReCivitas ?

L’objectif initial de l’association, créée en 2006, était la conscientisation et l’éducation à l’environnement dans le Grand Sao Paulo. Nous nous sommes progressivement orientés vers le revenu de base quand nous avons vu que ce besoin était exprimé par les populations : avant de penser à l’environnement, il faut pouvoir survivre ! Pour expérimenter le revenu de base, nous avons choisi Quatinga Velho, un petit village d’une centaine d’habitants, à une cinquantaine de kilomètres de Sao Paulo, car nous avons pensé qu’il serait possible d’y mener des évaluations.
Nous avons démarré par un projet de troc. Quand nous avons compris qu’on pouvait faire confiance aux gens, nous sommes passés à la phase « argent ». Nous avons demandé aux habitants quel était, à leurs yeux, le minimum vital par personne : ils ont estimé que c’était 50 reals par mois, mais nous n’avons pu financer qu’à hauteur de 40 reals. Pour moi, c’est nettement insuffisant… mais c’est déjà ça ! Cela leur permet de s’acheter des médicaments, de payer les funérailles d’un parent, d’avoir un peu de sécurité, donc de se projeter et de pouvoir créer des activités économiques…
Ce revenu de base, acquis à partir du 5e mois de gestation dans le ventre de la mère, est financé grâce à des aides personnelles provenant du monde entier. Mis en place en 2008, il a fonctionné sans problème jusqu’en 2015 mais là, un manque de ressources nous a contraints à arrêter l’expérience. Nous l’avons redémarrée en janvier 2016 en mettant en place un mécanisme de garantie afin de pouvoir alimenter le fonds en permanence : chaque habitant verse 10 % de ses revenus à ce fonds. Avec 1 000 euros de dons, on peut ainsi financer un revenu de base pour un habitant jusqu’à la fin de sa vie. Il s’agit d’utiliser les armes du capitalisme contre le capitalisme.

2/ Quelles sont tes missions au sein de ReCivitas ?

J’en suis le co-fondateur - avec mon épouse Bruna - et l’actuel président. Bénévole, bien sûr, car si nous devions nous verser un salaire, à Bruna et moi, cela boufferait la moitié de la “cagnotte” du revenu de base ! J’ai 40 ans, et mon métier principal est d’être professeur en sciences sociales. J’ai mis un an avant de lancer le projet. Et je me suis beaucoup inspiré de La pédagogie de l’Opprimé, de Paolo Freire, avant de passer à la pratique.
L’une de mes missions consiste à faire vivre la démocratie directe : tous les villageois peuvent participer aux assemblées où sont prises les décisions concernant le revenu de base. Par exemple, si des habitants venus d’ailleurs veulent s’installer dans village, c’est à l’assemblée générale de décider si elle les accepte ou pas.
Enfin, une autre mission consiste à tenter de transférer et de dupliquer l’expérience de Quatinga Velho. Il y a déjà eu deux tentatives dans d’autres villes : la première a échoué, la seconde a été impulsée par le sénateur qui a créé la bourse familiale en 2004, sous le gouvernement de Lula. L’objectif de cette bourse était d’éradiquer l’extrême pauvreté, de ramener les enfants à l’école, de résoudre les graves problèmes de santé.… Et cela a fonctionné. Mais cette bourse familiale n’a pas de caractère inconditionnel : par exemple, si vous êtes une famille éclatée ou que vous ne savez pas écrire, il vous sera très difficile de l’obtenir.

3/ Quelles étaient tes attentes vis-à-vis du Forum social mondial et qu’en as-tu tiré ?

C’est le premier FSM auquel je participe. J’ai beaucoup d’attentes et d’espoirs, mais je ne sais pas quoi précisément. Cela va être l’occasion d’échanger avec les autres militants qui se battent pour le revenu de base, notamment les Français et les Québécois. Avec le MFRB (Mouvement français pour un revenu de base), nous partageons les mêmes valeurs d’un droit attaché à la personne, donc des valeurs d’inconditionnalité, de liberté, d’émancipation… La question de savoir comment c’est financé et si ça remplace d’autres aides est secondaire. Il ne faut pas attendre les gouvernements pour mettre en place un revenu de base. Mais je pense que ce projet peut être rentable même s’il devait s’étendre à tout un pays…
Je sors de ce Forum avec un nouvelle idée : créer une coalition internationale des projets de revenus de base, notamment avec les Africains. C’est une initiative à laquelle nous allons travailler ensemble à partir de septembre 2016.

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