Francis Raajan : « Redonner aux pêcheurs les terres confisquées par le tourisme »

, par  Philippe Merlant

Rencontre avec Francis Raajan, coordinateur national du Mouvement national de solidarité avec les pêcheurs (NAFSO), partenaire sri-lankais du CCFD-Terre solidaire.

1/ Quels sont les objectifs de NAFSO ?

L’association a été créée en 1997, en plein cœur de la guerre qui, entre 1983 et 2009, a opposé les trois ethnies sri-lankaises, tamouls et cinghalais notamment. Cette guerre civile a officiellement fait 140 000 morts (mais beaucoup plus si l’on tient compte des disparus) et généré de nombreux déplacements de population. L’île est également fréquemment affectée par des tsunamis. Au total, ce sont ainsi plusieurs centaines de milliers de paysans et de pêcheurs qui ont été chassés de chez eux.
Les mouvements sociaux internes et la solidarité internationale ont fait pression pour terminer la guerre. Le gouvernement a rendu une partie des terres aux déplacés, mais assez peu, finalement. Et il s’est ensuite lancé dans un vaste plan de développement du tourisme sur le littoral. Aujourd’hui, ce sont principalement des militaires qui sont propriétaires des immeubles et des hôtels. Et les personnes déplacées n’ont retrouvé ni leur maison, ni leur terre, ni leur zone de pêche…
Notre organisation est au service des pêcheurs, elle compte 12 000 membres. Et notre objectif principal est de récupérer des terres.

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2/ Quelles sont tes missions au sein de NAFSO ?

Je travaille au niveau national, depuis 2007. J’étais étudiant en journalisme, je viens d’une famille pauvre, ma mère travaillait dans des plantations de thé.
Nafso est organisée en districts : ainsi chaque communauté de pêcheurs est autonome pour décider des actions à mener. Mon rôle est d’apporter un soutien juridique aux districts et de mobiliser les populations.
A Passikudah, grand complexe touristique moderne, ce sont 5 000 pêcheurs qui ont été expulsés. Notre association a publié un rapport auprès du Bureau international du tourisme, à Berlin, pour dénoncer ces agissements.
En 2015, suite à la pression de la société civile, le gouvernement a décidé de désoccuper une partie du littoral, dans le sud-est du pays (340 hectares sur 1200 expropriés). Mais rien ne se passe sur le terrain. Notre association a fait des recours devant les tribunaux, qui nous ont donné raison, mais sans plus d’effet ! 153 familles ont décidé d’occuper les 340 hectares qui doivent leur être rendus. NAFSO a organisé cette occupation et apporte le soutien juridique d’avocats.

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