Des initiatives à la pelle

, par  Philippe Merlant

Après trois jours d’activités autogérées, la journée de samedi a été placée sous le signe de la convergence et de la définition d’un agenda commun. Le matin, des cercles de discussion se sont réunis au Parc Jarry pour mettre en débat les plans d’action issus des assemblée de convergence des trois jours précédents. L’après-midi, sous une grande tente du même parc, ces plans d’actions ont été présentés publiquement afin d’aboutir à un calendrier partagé. Retour impressionniste sur cette tentative de synthèse.

La pluie était au rendez-vous, et aurait pu rendre le climat général plutôt maussade. En fin de compte, le résultat de ces heures passées à tenter d’élaborer un « agenda des initiatives » était plutôt encourageant. 22 plans d’actions, issus des cercles de discussion du matin, ont été présentés l’après-midi, avec un beau calendrier d’actions à la clé. Militants et organisations avaient aussi été invités à émettre leurs propres propositions, sans passer par la démarche de convergence collective : une cinquantaine d’initiatives diverses ont ainsi été ajoutées à l’agenda.

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Plan d’actions ou programme ?

Certes, la forme qu’ont prises les 22 présentations – censées ne pas durer plus de cinq minutes chacune – était loin d’être homogène. Certains se sont pliés à la consigne donnée par les organisateurs : proposer des plans d’action avec des dates précises. Ce fut le cas, par exemple, sur la thématique « Militarisation, paix et réfugiés », où une bonne quinzaine de dates ont été livrées au public. Ou encore de la convergence sur le « revenu de base », pour laquelle le calendrier de l’automne 2016 est déjà bien fourni.
D’autres, en revanche, ont présenté un « programme » plutôt qu’un plan d’actions. Ce fut le cas, notamment, sur les thèmes « Démocratie » et « Migrations » tandis que le nucléaire faisait l’objet d’une « Déclaration de Montréal pour un monde libéré de la fission nucléaire », qu’elle soit civile ou militaire : un texte de deux pages, qui souligne notamment « notre responsabilité morale à ne pas accabler les générations futures avec un héritage nucléaire empoisonné ».
D’autres, enfin, ont tenté de concilier priorités politiques et calendrier. La convergence sur le commerce équitable a ainsi dégagé deux axes majeurs – révision de la charte internationale et création d’un forum thématique –, chacun d’eux étant assorti d’un plan d’actions daté et précis.

Des questions transverses

Les thématiques étant tout sauf étanches, il était logique que certaines propositions ou revendications se retrouvent à la croisée des chemins. Ainsi le thème des migrations a nettement dépassé les frontières du cercle en charge de cette problématique : le refus massif de visas est apparu à de nombreux autres groupes comme une illustration de « la plus grave des inégalités : l’absence de liberté de circulation » pour les citoyens des pays dominés. Certains, comme la convergence BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions), ont saisi la balle au bond pour demander que « le Forum ne se produise plus jamais dans un pays pratiquant des politiques racistes ou répressives vis-à-vis des migrants ».
Le soutien aux peuples autochtones est également revenu comme un leitmotiv : logique puisque ceux-ci se retrouvent si souvent au premier rang des opprimés, qu’il s’agisse des risques du nucléaire, des dégâts de l’extractivisme, de la destruction de l’agro-écologie ou de la captation des terres.
L’amélioration des outils d’information et de communication du FSM a aussi été citée à plusieurs reprises : notamment dans le texte de conclusion du Forum mondial des médias libres, qui affirme « être disponibles pour approfondir ces questions avec le Conseil international ».

Des propositions novatrices

On retiendra, par exemple, la proposition de mettre en place, à l’occasion du prochain FSM, un revenu de base pour les réfugiés. Mais aussi l’initiative d’Oxfam Québec pour solliciter les citoyens et construire avec eux un « budget alternatif ». Ou encore le procès de Monsanto, prévu pour la mi-octobre aux Pays-Bas : une initiative prise avant le Forum, certes, mais qui a connu à Montréal un écho supplémentaire.
Plus utopique, peut-être, la poursuite d’une campagne pour un « passeport de citoyenneté universelle ».

Du local au mondial

L’échelle territoriale à laquelle les plans d’action ont été proposés s’est également révélée très hétérogène. Ainsi, on a eu la surprise de voir la thématique « Réforme monétaire » présentée par trois citoyens suisses qui ont énoncé trois propositions (monnaie plénière, transformation de la Banque nationale en coopérative et mise en place d’un revenu de base inconditionnel) visiblement destinées aux seuls Suisses ! La convergence sur l’extractivisme a, quant à elle, tenté de concilier les différents niveaux : à une « campagne mondiale pour démanteler le pouvoir des multinationales » sont venues s’ajouter des actions plus localisées, comme la solidarité avec une communauté brésilienne en lutte contre un projet de barrage et confrontés à une répression meurtrière.

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De la difficulté de converger

S’il faut saluer l’effort fait pour parvenir à dégager des plans d’actions communs, la convergence n’est pas toujours allée de soi, ce qui est logique vu la diversité des sensibilités. « On a essayé de trouver un consensus, mais ce n’est pas facile », ont admis les rapporteurs de la convergence sur l’agro-écologie.
De ce point de vue, il y a quand même eu d’heureuses surprises. Sur l’avenir des forums, notamment. Au démarrage de l’agora, Chico Whitaker, co-fondateur du FSM, confiait qu’il serait très difficile de dégager une première convergence, plusieurs activités ayant traité de ce thème à Montréal sans partir des mêmes questions ni mettre en place la même méthodologie. Pourtant, Pierre Beaudet, des Nouveaux cahiers du socialisme, a énoncé une synthèse en trois points :
1. Nous sommes davantage sur la défensive qu’en 2001, mais cela veut dire que nous avons d’autant plus besoin du FSM.
2. Le Forum doit se réformer en se préoccupant plus de stratégie et d’actions : non pas pour donner des consignes, mais pour stimuler davantage les mouvements populaires et citoyens.
3. Le processus doit se poursuivre en créant des milliers de forums dans les régions, les villes, les Nations…
Trois points qui pourraient sans doute rencontrer un certain consensus et sur lesquels le Conseil international devait se pencher lors de sa réunion du dimanche après-midi…
A l’inverse, la convergence sur la thématique « Militarisation, paix et réfugiés » a fait l’objet de deux comptes rendus successifs, différents voire antinomiques. Une première formulation (influencée par une partie des Marocains) ayant évoqué la nécessité de mener campagne pour « l’indemnisation des victimes du Polisario », le Mouvement de la Paix, la CGT et les Artistes pour la Paix ont tenu à rappeler que « le FSM n’est pas un espace pour servir les intérêts de certains Etats » et ont rédigé un autre texte de synthèse, qui se terminait par l’évocation de « l’autodétermination du peuple sahraoui ».

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