Julienne Lusenge : "Les premières à payer le lourd tribut de la guerre sont les femmes"

, par  Myriam Merlant

Rencontre avec Julienne Lusenge, directrice de la SOFEPADI en République démocratique du Congo et partenaire de Ritimo.

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1/ Quels sont les objectifs de ton association ?

La SOFEPADI - Solidarité féminine pour la paix et le développement intégral – vient en aide aux femmes victimes de violences en contexte de guerre. La République démocratique du Congo est en guerre depuis 20 ans : différents groupes rebelles et milices sèment continuellement la terreur dans les villages de Hituri, d’Ebeni et du nord Kivu. Depuis 2014, plus de mille morts ont été recensés dans ces villages et des milliers d’autres personnes sont portées disparues. Et comme toujours, les premières à payer le lourd tribut de cette guerre sont les femmes. Nombre d’entre elles sont abusées sexuellement par les miliciens et rebelles.
Le travail de la SOFEPADI se fait dans une approche holistique : nous proposons des soins médicaux aux femmes victimes de violences sexuelles, un accompagnement psychologique au quotidien, dans l’objectif de les « détraumatiser », un soutien judiciaire, afin que les crimes ne restent pas impunis et que les victimes soient reconnues... Notre soutien est également financier pour qu’elles puissent engager des frais de justice ou pour financer, par exemple, la scolarité des enfants issus de ces viols... Nous organisons également des sessions de sensibilisation sur les questions de santé et de reproduction, afin que les femmes soient au courant de leurs droits et des risques. Enfin, la SOFEPADI accompagne ces femmes dans leur réinsertion économique : elles sont formées à des métiers d’artisanat.

2/ Quelles sont les principales difficultés pour mener à bien vos missions ?

En ce moment, la situation politique est particulièrement tendue : on ne sait pas quand les prochaines élections vont avoir lieu. La commission nationale indépendante des élections recule sans cesse les échéances alors que les populations aspirent désespérément au changement.
Dans un contexte de guerre qui perdure, l’impact de notre travail tarde aussi à se faire sentir : car chaque avancée est suivi d’un recul. Quand les gens dévastés par des attaques de milices arrivent à se reconstruire dans leur village, ils subissent une nouvelle attaque. Nous ne savons pas quand cette situation va s’arrêter, d’autant plus que les pays voisins investissent les groupes armés : les milices ougandaises s’enrôlent ainsi aux côtés des groupes terroristes comme l’ADF ou le M23.
Au niveau de la justice internationale, les avancées patinent. La SOFEPADI a documenté les crimes de guerre et a fait des recours auprès de la Cour pénale internationale. Pourtant, les plaintes sont généralement rejetées car le Procureur limite le champ d’action en ne travaillant que sur une zone géographique restreinte et dès qu’un enquêteur tombe sur un faux témoignage (il y en a parfois), toutes les plaintes sont directement abandonnées. Je continue à me battre contre l’impunité mais cela me vaut aussi d’être inquiétée : j’ai quitté mon village, Bunia, depuis 2002 et les menaces régulières qui pèsent sur moi m’obligent à vivre quasiment dans la clandestinité.
En tant que présidente de mon association, je dois enfin dire que la recherche de fonds reste un parcours semé d’embûches. En général, quand vous dites que votre association est basée en RDC, les donateurs et bailleurs de fonds ne vous font pas confiance. Or un soutien financier est absolument nécessaire pour notre fonctionnement.

3/ Quelles sont tes attentes vis-à-vis du FSM ?

Le forum social mondial m’a permis de rencontrer d’autres structures qui travaillent aussi sur la thématique des droits des femmes, sur d’autres continents. On a eu des moments d’échange, on a tissé des liens pour la suite car c’est important d’unir nos luttes si on veut changer la communication sur les femmes, sortir des stéréotypes et lutter contre les violences. Mon seul regret est de ne pas avoir pu venir ici avec des jeunes de la SOFEPADI. Nous devons former les femmes et les jeunes aux nouvelles technologies si nous voulons gagner en efficacité. Or qui de mieux placés que les jeunes pour capter vite les potentialités d’Internet ? J’attends beaucoup de notre partenaire Ritimo pour nous aider à nous former aux technologies libres et pour protéger nos communications.

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