Un monde sans murs est né à Gorée

, par  Altermondes

Gorée, île au large de Dakar d’où sont partis des centaines de milliers d’esclaves. Lieu de mémoire. Mais les 3 et 4 février dernier, c’était peut-être le lieu où s’est écrit l’avenir. Point de convergences de centaines de migrants, ce rendez-vous historique a permis de finaliser et proclamer « la Charte Mondiale des Migrants, une charte pour un monde sans murs ».

« Parce que beaucoup de migrants clandestins vivent de manière honteuse en ce 21e siècle, parce qu’on les exploite, et qu’on leur fait subir une nouvelle forme d’esclavagisme, il faut que cette charte soit supportée par tous  », déclare avec force Mansour M Sow, conseiller du Maire de Gorée chargé des relations internationales.

Les principes de la Charte reposent sur la liberté de se déplacer et de s’installer librement, sur l’égalité de droits entre migrants et nationaux dans le pays d’accueil et sur l’exercice par tous d’une pleine citoyenneté fondée sur la résidence et non la nationalité. « Mais il ne s’agit pas de faire de ce projet un projet de plus  », prévient Jelloul Ben Hamida, membre de la coordination mondiale de la Charte. Parce que la parole des migrants a trop longtemps été confisquée, la spécificité de cette charte réside dans le fait qu’elle a été rédigée collectivement par les migrants eux-mêmes, des 4 continents.

Une expérience pionnière

Le processus a commencé en 2006 à Marseille, d’une initiative individuelle d’un migrant sans papier engagé dans une lutte aux côtés de plus de 100 familles pour l’obtention de titres de séjour. Son idée était d’exprimer leur vision de la citoyenneté à partir de leurs expériences personnelles de migrants confrontés à des politiques gouvernementales souvent répressives.
Cette première version a été présentée au 2e Forum social des Migrations en juin 2006 à Madrid. S’en est suivie une phase d’écriture collective, grâce à la création de 4 coordinations continentales (Européenne, Africaine, Asiatique et Latino Américaine) relayées par des comités de soutien qui ont animé des ateliers d’écriture pour alimenter la réflexion.

150 migrants ont contribué directement à la rédaction de ces Chartes, dont une synthèse était proposée jeudi 3 février à Gorée. Une Assemblée s’est réunie pour amender la charte avant de l’adopter. « Cela a été très démocratique, cette synthèse a fait l’objet d’une discussion chapitre par chapitre, l’assemblée était souveraine  », témoigne Lamine Niasse du comité local sénégalais de soutien à la Charte. Attachée à sa spécificité première, la coordination mondiale avait dédié cette première journée aux migrants. « Les militants engagés auprès d’eux et les ONG n’avaient pas le droit de parole, ce n’est qu’aujourd’hui qu’on a ouvert le débat à tout le monde », explique Lamine Niasse. Et en cette deuxième journée se pose la question de l’après.

« Ce n’est pas parce que nous avons une charte que nous nous arrêtons, bien au contraire : c’est aujourd’hui un départ et non une fin, Gorée est une étape décisive dans le processus, mais c’est maintenant que le travail va commencer  » prévient Jelloul Ben Hamida. Et la forme d’organisation à mettre en place pour diffuser cette Charte et la faire vivre suscite le débat : rester un laboratoire de participation dans l’horizontalité, ou se structurer plus fortement, former un comité exécutif et rechercher des sources de financement ? La question reste ouverte, le processus se veut en cours. Et l’important pour l’heure, c’est que cette Charte ait vu le jour. « C’est la première fois que les migrants ne sont pas victimes mais acteurs de mouvements sociaux, acteurs de transformation sociale », conclut Jelloul Ben Hamida dans les applaudissements.

Espérons que le Forum Social Mondial qui s’ouvre demain sera une belle caisse de résonance pour cette Charte Mondiale des Migrants naissante.

La Charte sera prochainement en ligne sur : http://www.cmmigrants.org/

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