Début des conférences et ateliers

, par  Association Etudes et Développement (AED)

Premier jour ouvrable du Forum : des milliers de participants au Forum, badge autour du cou, se mêlent à la foule des étudiants de Diop. La quasi-totalité de ces derniers, on l’apprendra plus tard de la bouche de leurs camarades, n’étaient pas au courant que le FSM se tenait sur leur campus.

Fidèle à sa réputation de joyeux bordel, le Forum connaît quelques problèmes d’organisation : enregistrement laborieux des participants, lieux des activités prévues dans le programme changés sans préavis, annulés, ou introuvables... Le journal sénégalais Le quotidien note que les organisateurs du FSM, la présidence de l’Université et le gouvernement sénégalais se renvoient la balle pour justifier ce qu’une volontaire interrogée par l’AED a qualifié d’« organisation déplorable », et ce en dépit des fonds mobilisés - Le quotidien cite ainsi le chiffre de 2 millions d’euros sans compter les frais d’inscriptions de plusieurs dizaines de milliers de participants.

Les stands sont regroupés en divers lieux du campus, tandis que le programme fait état d’un nombre canonique de conférences et ateliers se regroupant autour des douze axes retenus pour ce FSM 2011, parmi lesquels « Pour la liberté de circulation » et « Pour la valorisation des luttes africaines ». Le thème de cette première journée fait honneur au continent hôte, puisqu’il porte sur l’« Afrique et les diasporas ».

En commémoration de la mort du professeur Cheikh Anta Diop le 7 février 1986, un comité diasporique d’étudiants et professeurs sénégalais profite d’un atelier pour philosopher sur le paradoxe suivant : grand penseur du panafricanisme et défenseur d’une prise de pouvoir de tous les peuples africains au sein d’une grande fédération, le défunt professeur est mis au ban de la pensée politique sénégalaise. Ses ouvrages seraient introuvables - frappés d’une sorte de censure officieuse, leurs enseignements menacés d’oubli. Seul vestige en sa mémoire, l’une des plus grandes et des plus cosmopolites des universités d’Afrique de l’Ouest - tant du point de vue des nationalités que des origines sociales : Diop serait la seule université du Sénégal gratuite et accessible sans examen d’entrée.

Où sont les jeunes ?

Pour nuancer cette image positive de l’UCAD, on notera la déambulation sur le campus, aujourd’hui, d’un cortège de jeunes sénégalais (le mouvement des non-orientés), qui profitent de la visibilité que pourrait leur offrir le Forum pour dénoncer des conditions déplorables des bacheliers qui peinent à obtenir leur place dans le supérieur. Ils font écho à leurs aînés étudiants à Diop : les années 2000, nous confie un assistant du médiateur des conflits sociaux de l’université, furent celles de grèves cycliques des étudiants contre les mauvaises conditions d’enseignement, la piètre qualité ou la vénalité de certains cours, etc. Le témoignage de trois jeunes femmes travaillant pour l’organisation du FSM en tant qu’hôtesses volontaires nous fait nous interroger sur les raisons du faible écho du FSM sur la jeunesse sénégalaise, y compris sur les étudiants de l’UCAD pourtant politisés : au final, le Forum serait-il une bulle hermétique inapte à mobiliser la société civile « par la base », et réservée à une espèce d’« élite » des mouvements sociaux ?

La jeunesse, principal sujet de notre attention, est fortement représentée : outre le Camp des jeunes qui se tient à l’école polytechnique, un espace est dédié exclusivement aux conférences touchant de près ou de loin à l’implication des jeunes dans les mouvements sociaux et le FSM - il lui est dédié du moins en théorie, le champ de tentes montées près de la fac de sciences politiques restant relativement désert en comparaison à d’autres pôles du Forum.

Le monde arabe attire notre attention dans l’après-midi. Tout d’abord, les tensions éclatent entre deux camps représentés au Forum : des participants marocains s’en prennent à des déléguées sahraouies. Plus tard, à la conférence « Les ONG du pourtour de la Méditerranée soutiennent les révolutions tunisiennes et égyptiennes », d’aucuns en appellent au soutien des dirigeants du Nord pour défendre les soulèvements populaires d’Afrique du Nord, tandis que d’autres conspuent ces mêmes dirigeants : l’Occident, disent-ils, a intérêt à continuer à bénéficier d’une main-d’œuvre bon marché, et sa seule motivation en s’alliant aux révolutionnaires serait de continuer à déléguer au Maghreb la responsabilité de l’endiguement de l’immigration. Comme partout, l’ambiance est véhémente à l’encontre des gouvernements des pays « développés » ; mention est cependant rarement faite des grands pays émergents tels l’Afrique du Sud, la Chine et l’Inde. Cette dernière, au secteur non-gouvernemental pourtant très actif, ne compte que quelques rares ambassadeurs isolés aujourd’hui, ce qui pose à nouveau la question de la représentativité réelle de la « société civile mondiale » au FSM.

Voir en ligne : Jour 2 : Début des conférences et ateliers

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