Pour une convergence contre les accaparements de terres

, par  aGter

Comme l’ont montré les nombreux slogans contre les « déguerpissements » lors de la marche d’ouverture, ou les multiples ateliers qui se sont tenus sur les accaparements de terres, au cours de ces deux premiers jours de forum, ce sujet sera une des thématiques fortes du FSM 2011.

La question foncière est à l’origine de nombreux conflits en Afrique de l’Ouest depuis la fin des colonies, et la nouvelle vague d’investissements sur les terres n’a fait qu’attiser les tensions dans des pays où les agricultures familiales peinent à être reconnues.

L’Office du Niger, cas emblématique, est cité régulièrement dans les ateliers pour illustrer le phénomène d’accaparements et ses conséquences désastreuses sur les paysanneries autochtones. Une entreprise libyenne a mis la main sur une partie de cet immense secteur irrigué aux dépens des populations locales qui vivent de ces ressources. Ces opérations négociées directement avec le gouvernement malien s’effectuent dans la plus grande opacité, sans consultation des populations, et en ignorant pleinement les droits fonciers existants. Ce cas, parmi des milliers en Afrique mais aussi en Asie, en Amérique latine et en Europe de l’Est, montre comment les gouvernements complices mettent en place des guichets uniques et des incitations fiscales fortes pour les investisseurs, alors que les populations agricoles continuent de se battre avec une administration foncière défaillante.

Les mouvements qui s’opposent à l’implantation des agro-industries dans les campagnes des pays du Sud font d’ailleurs écho aux luttes tunisiennes et égyptiennes face à des gouvernements autoritaires, incapables de prendre en compte les besoins des populations car trop obnubilés par leurs propres intérêts financiers.

Des rapports de force à rééqulibrer

Une autre question que sous-tendent ces débats est celle de la contribution économique, sociale et environnementale de chaque forme d’agriculture. Nous rentrons alors dans un débat sur les politiques agricoles des pays touchés par les investissements. Comment, en effet, justifier l’appui des gouvernements à des grands investissements sur les terres alors que les agricultures paysannes ont été abandonnées depuis longtemps à leur sort. Pourtant, ces agricultures sont bien celles qui pourvoient des emplois et de l’alimentation à une majorité des populations rurales. Mais elles n’ont pas les moyens économiques des entreprises transnationales qui spéculent sur les terres ou sur les biens agricoles à l’échelle mondiale. Se dessine ainsi le déséquilibre du rapport de force entre d’un côté les puissances financières et économiques mondiales, et de l’autre les mouvements sociaux qui se battent pour faire valoir leurs droits tels que définis dans les conventions internationales.

La crise démocratique est aussi présente au niveau international puisque les gouvernements des puissances mondiales tentent de mettre en avant les processus de G8/G20 aux dépens du système des Nations-Unies, qui est pourtant la seule gouvernance mondiale légitime malgré ces imperfections. De plus, les pactes internationaux nous fournissent tous les outils nécessaires pour invalider les accaparements de terres, mais l’absence de droits contraignants ne permet pas de rendre ces pactes effectifs.

Lutter contre les accaparements demande donc de se mobiliser à trois niveaux différents :
- local : les populations spoliées seront évidemment les premières à se mobiliser et il faut faciliter la construction d’outils de lutte médiatique, juridique, populaires ;
- national : la lutte locale ne pourra pas modifier structurellement les problèmes d’accès à la terre si on ne s’attaque pas en même temps aux administrations foncières nationales et aux cadres juridiques qui empêchent la mise en place d’une gestion démocratique et partagée des ressources naturelles. De plus, l’accès à la terre ne permettra pas d’assurer seul la subsistance des populations rurales, des politiques de soutien à ce secteur sont nécessaires ;
- international : Enfin, il faut rééquilibrer les rapports de force mondiaux entre le commerce international et les droits de l’Homme. Cela veut dire mettre fin à l’hégémonie des institutions financières internationales et renforcer les processus en cours aux Nations-Unies, notamment pour nous diriger vers un droit international contraignant.

Ce programme ambitieux est l’objectif de l’Assemblée de Convergence sur les accaparements de terre du jeudi 10 février (matinée), qui s’articulera autour de la rédaction d’une déclaration commune pour que les accaparements de terres cessent. Chaque organisation ou mouvement seul ne peut s’attaquer à ces trois fronts en même temps mais nous pouvons valoriser les champs d’actions privilégiés de chacun en articulant nos combats et en assurant une communication forte sur ce sujet. Cette mutualisation des forces entre organisations de la société civile et organisations paysannes, des pays du Nord et du Sud, est une opportunité unique pour mobiliser les paysans, mais aussi les citoyens des pays du Nord et du Sud, afin de réclamer d’autres politiques foncières et de modifier nos systèmes de production et de consommation en conséquence.

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